Reflexions

The sound of silence…

Je roule. A la radio passe, non pas la chanson de Paul Simon et Garfunkel : the sound of silence, mais un reportage sur les sons de la Terre. Nous sommes plusieurs mois avant l’apparition du Covid 19. Je me gare avec précipitation, sors mon bloc notes, qui ne me quitte que très rarement. Je griffonne rapidement quelques mots et déjà suis fascinée par ce qui est dit sur les ondes.  C’est ainsi que vient de naître dans mon esprit cet article. Car si en effet, l’on parle souvent de sons au jardin de soins, il s’agit très souvent de sons “rapportés” “fabriqués”, posés là, parfois dans une intention précise, parfois de manière moins réfléchie. Bruits artificiels ou bruits “naturels” imaginés lors de la composition de l’espace jardin, quoiqu’il en soit cela méritait que l’on s’y attarde.

Sound of silence

Il ne vous est jamais arrivé d’imaginer, ce que seraient nos vies sans tous les bruits de voitures, motos, trains, avions ? Habitant personnellement près de la Loire, mais avec une nationale entre mon logement et celle-ci, j’ai souvent pensé à ce que pouvait être la vie avant, sans les automobiles et leurs passages incessants.

Avec le covid 19, j’en ai eu une petite idée. Certes quelques voitures circulent encore mais rien à voir avec, “l’avant pandémie”.

En voyant le volume sonore général baisser, d’autres “bruits” ont pris ou repris leur place auprès de nos oreilles. Mais doit on parler de “bruits” ou de “sons” finalement ?

Doit on voir cela positivement ? Quel impact notre environnement sonore peut avoir sur notre santé ?

En matière de santé, devrions nous parler de nuisances sonores ou de bienfaits du silence ?

Parle t’on d’écologie sonore dans les jardins de soins ?

"chant" lexical

Comme bien souvent, je n’ai pu résister à l’envie de fouiller du côté des définitions. Ce petit travail de base permet non seulement de revenir sur des termes fondamentaux, qui ont vu leur signification déformée avec le temps et l’usage de chacun mais aussi, est un formidable moyen d’apprendre de nouveaux mots. Pour chacun des cas, cela peut amener chacun à plus de réflexion personnelle. (du moins c’est ce que j’espère!)

Quelle définition donnerions nous à celui qui disparaît dès qu’on le nomme ? Le Silence.

Voici quelques définitions pour ajuster nos propos à ce que l’on souhaite réellement exprimer. Petit échantillon au dessous.

And no one dared disturb the sound of silence: Et personne n'osa déranger le son du silence
Géophonie :

La géophonie serait le son ou plutôt les premiers sons qui seraient produits par la planète Terre, sans la présence des animaux. Aujourd’hui, on parle plus souvent de géophonie comme un ensemble de sons provenant d’éléments naturels tels que le vent, l’eau, la pluie, les mouvements du sol…

Biophonie

La biophonie quant à elle correspond aux sons de la Terre (la géophonie) additionnés de ceux des animaux. Ces derniers auraient dû “caler”,  leurs propres sons en fonction de ceux que la Terre elle-même produisait déjà avant leur apparition.

Antropophonie

Enfin l’antropophonie, correspond aux sons liés à l’activité humaine.

Penser aux sons de la Planète sans la présence d’animaux ou ne serait ce que, sans activités humaines, a un aspect vertigineux, quand on y pense.

Bruit
  • Ensemble des sons produits par des vibrations plus ou moins irrégulières ; tout phénomène perceptible par l’ouïe : Écouter le bruit de la pluie.
  • Ensemble des sons perçus comme étant sans harmonie, par opposition à la musique : Lutter contre le bruit.
  • Son imprévu qui vient se superposer au rythme continu de quelque chose, d’un appareil : Il y a un bruit dans le moteur.
Son

Le son est défini comme la : “Sensation auditive engendrée par une onde acoustique.”

Cela implique donc, une vision plus large que le bruit. Le son englobe le bruit mais ne se limite pas à lui. Il semble être plus neutre quant aux émotions qu’il peut soulever, contrairement au bruit auquel on associe un aspect plus désagréable.

Silence

Absence de bruit dans un lieu calme” ou encore “Action, fait de se taire, de ne rien dire”. Ce qui implique que l’on puisse garder le silence sans pour autant être dans un lieu silencieux.

Être dans un espace silencieux implique donc, que nous ne nous trouvons pas forcément dans un espace totalement dépourvu de sons. Les bruits y sont absents et les sons agréables peuvent y être conservés ou favorisés.

La définition du silence implique également deux grands types de sources de celui-ci. Un silence provenant de l’extérieur, notre environnement direct et une source provenant de notre intérieur et/ou de notre comportement.

Calme

Le calme pourrait être associé quand à lui à une baisse de bruits ou de sons par rapport à niveau sonore habituel, plus élevé. Le calme aurait donc différents niveaux de décibels en fonctions de l’environnement sonore quotidien, de chacun.

Pollution sonore

A dire vrai, en faisant mes recherches pour ce sujet, j’ai essentiellement trouvé des éléments traitant de la pollution sonore et de ses impacts sur notre santé et notre environnement, que sur les bienfaits du silence. L’OMS donna d’ailleurs en 2011 des recommandations par rapport à cette pollution sonore, mais non une mise en avant des aspects positifs (ou non) d’une “non pollution”.

Tout cela pour dire, qu’il est plus facile de se focaliser sur le négatif ou d’envisager des bienfaits en partant d’un élément à la base négatif que de faire l’inverse. Peut être que nous pourrions commencer à faire autrement dans nos réflexions communes ?

Environnement sonore et santé

Impacts négatifs

Voici ce que l’on retrouve majoritairement dans les aspects péjoratifs pour notre santé, lors de pollution sonore :

  • Augmentation du stress (et répercussions liées à celui-ci)
  • Irritabilité, avec un risque d’augmentation de l’agressivité
  • Dépression
  • Troubles gastriques
  • Troubles du sommeil
  • Hypertension et troubles vasculaires
  • Hyperacousie
  • Dommages physiologiques dans les expositions les plus importantes, avec perte temporaire ou permanente de l’audition.

A noter que :

  • Certains problèmes liés au bruit, peuvent être accentués pour certaines personnes qui souffrent par exemple d’autisme ou de migraine.
  • Chaque problème ou risque pour la santé peut faire “effet domino” en enclenchant d’autres problèmes pour notre santé. L’OMS explique par exemple la résonance qu’ont les troubles du sommeil sur la santé ainsi : ” Le manque de sommeil, notamment chez l’enfant, est associé à un risque accru de surpoids et d’obésité.De plus, le bruit excessif provoque une baisse de qualité du sommeil qui à son tour peut générer des comportements sociaux nocifs et des problèmes cardiovasculaires.
Impacts positifs

Dans les aspects plus positifs que je noterais, sur notre santé, d’un environnement plus calme, plus silencieux, il y a certes la diminution des troubles indiqués ci-dessus bien évidemment, mais pas que !

Le silence peut être un bel outil de communication, de compréhension de soi et de l’autre.

Le calme peut être structurant dans le sens où il permet à chacun de se repositionner dans des sonorités proches de son état originel, lorsqu’il est en pleine nature. Le silence, plus proche de la biophonie, que de l’antropophonie, permet à chacun de reprendre conscience de sa place dans ce grand tout qu’est : la biodiversité.

Cependant, j’ajouterais un bémol à ces propos, car le silence peut aussi pour certains, être source d’angoisses. Dans ce cas, il apparait plus juste, d’amener ces personnes progressivement vers plus de calme. Une sorte d’apprentissage par paliers aux bienfaits du silence.

Non pas qu’il faille bannir toutes les interactions, activités génératrices de sons ! Simplement s’accorder des plages de calme, comme un coureur cycliste s’accorderait des stands de ravitaillement sur sa course afin de ne pas tomber à terre plus tôt que prévu, ou d’arriver dans un état de santé très dégradé à la finale. Ces instants permettent de ménager notre monture en somme !

Ci-dessous et dans Aller plus loin vous retrouverez les bénéfices santé que peut avoir le silence sur notre santé, notre cerveau.

Environnement sonore au jardin

Comment aborder l’environnement sonore au jardin de soins ?

Voici quelques éléments que sur lesquels je trouve intéressant de se pencher.

Etat des lieux

Faire un état des lieux :

  • Quel est l’environnement sonore du jardin de soins ? Est il bruyant ? A quel point ?
  • Quel est le rapports de chacun des jardiniers avec le bruit ? Avec le silence ?
  • Il y a t’il moyen d’optimiser le rapport entre ce qu’expriment les jardiniers à ce sujet et l’environnement actuel du jardin de soins ? Comment ?

Idée : Pourquoi ne pas s’inspirer du travail de Pascale Goday, doctorante et enseignante en musique ? Dans son projet d’éducation sonore, cette dernière propose aux écoliers des promenades sonores, afin d’identifier l’environnement sonore dans lequel ils évoluent. Après un repérage des sons environnants et de leur provenance, le groupe exprime ses souhaits de faire disparaitre ou atténuer certains bruits et d’accentuer d’autres sons plus plaisants selon eux.  Chacun peut également exprimer son ressenti, les émotions qui le traversent à l’écoute de tel ou tel autre son.

Recherche du silence

Comme nous venons de le voir, il n’est pas forcément question de supprimer tous les sons, mais peut être d’avantages de privilégier ceux qui nous sont agréables, apaisants, rassurants, réconfortants.

Nous avons également vu que le silence était associé à l’absence de parole. Au jardin, mais dans la vie en général, on observe très souvent une volonté de combler le silence. Il est pour certains très difficile d’être en présence d’une autre personne et de garder le silence très longtemps. Faites l’expérience ! Mettez vous à table avec une personne et restez plus de 10 minutes sans rien dire.  Vous risquez très probablement de ressentir comme une gêne, une pesanteur dans l’air… Au jardin de soins pas question certes de créer le mal aise, cependant le silence a également bien des avantages, car chacun sait que l’essentiel de la communication passe justement par le non verbal.

A ce sujet d’ailleurs, j’ai souvent plus appris en observant simplement, les patients lors de séances au jardin, qu’en discutant avec eux directement. Notre corps en dit bien plus sur nos maux, que nos mots.

Autre chose. Alors qu’il paraît difficile de tenir le silence lorsque l’on est en compagnie de quelqu’un et que le silence semble de prime abord occasionner une gêne, une multitude de moyens sont mis en oeuvre pour retrouver ce silence en nous.

Être silencieux oui, mais avec soi-même, svp !

Rappelons que le silence est quelque chose de naturel que nous avons tous à notre portée de main, mais que nous, découvrons ou redécouvrons par le biais de divers moyens comme : le yoga, la méditation, la sophrologie, le tai chi, la pleine conscience…

Ces méthodes peuvent selon moi être amenées au jardin de soins. Ils peuvent être des outils vraiment aidants dans la prise en soins. Ils peuvent être les paliers dont nous parlions auparavant. Ils peuvent permettre de tracer un trait d’union entre soi et le grand Vivant.

Ces pratiques peuvent certes se pratiquer ailleurs qu’au jardin de soins me direz vous ! Effectivement, mais je souligne que le jardin de soins est :

  • d’abord un lieu pensé avec des objectifs de soins précis pour et avec ses bénéficiaires
  • qu’il bénéficie d’un accompagnement de professionnels de soins
  • qu’il est un cadre extrêmement propice à un rééquilibrage, au bien être de chacun de part son identité même de jardin.

Une remarque cependant : ces méthodes de recentrage peuvent intégrer l’espace jardin de soins mais n’en constituent pas l’élément principal de la thérapie, qui reste selon moi, le lien direct avec le vivant. Toucher une plante, la sentir, en prendre soin…

Recherche du silence intérieur
Le silence est il toujours positif ?

Ne soyons pas manichéens. Le silence au jardin de soins ne doit pas être total, ni permanent. Je pense que nous serons toutes et tous d’accord là dessus.

Privilégier plus de calme pour certains patients peut être un objectif de soins totalement entendable (si je puis me permettre, ce jeu de mots). Je pense notamment à des patients en psychiatrie.

Pour certains, des étapes vers plus de calme seront à réfléchir, afin de ne pas être source de gêne ou d’angoisses.

Enfin pour d’autres, les besoins en soins seront peut être d’avantages à accentuer à l’inverse sur les échanges, les interactions avec l’extérieur, avec autrui.

Tout cela nous ramène donc à l’importance, de fixer des objectifs de soins clairement, par étapes, avec et pour chacun des bénéficiaires du jardin, au préalable à des séances d’hortithérapie.

Créations sonores

Doit on rajouter ou créer plus de sons au jardin de soins ?

Et d’abord, quels sons ?

Par quels moyens ?

Cela revient au travail d’état des lieux vu précédemment mais aussi, au travail collégial mené lors de la conception du projet et dans les évolutions que l’on souhaite à mesure des besoins, des envies recensées.

Personnellement, je pense que l’on peut se questionner sur chaque composant, élément constituant du jardin et des activités d’accompagnement en soins. Pour autant, nous devons garder à l’esprit que c’est en tenant compte de l’harmonie, que l’on peut réellement envisager un bien être par le vivant et à travers les sons.

Ce que je regrette d’avantage c’est que l’on compartimente l’espace jardin de soins en élément ou en fonction : le massif ouïe, celui du goût, celui des odeurs, celui du toucher… ou encore tel un mandala, le coin eau, terre, air… Selon moi, c’est rompe justement cette harmonie du Vivant, qu’il s’agisse des végétaux et de leurs pouvoirs, ou de l’humain. De grâce arrêtons de mettre les gens et les choses dans des boites, des compartiments. La Nature est l’exemple même, que l’on peut avoir une multitudes de différences et être magnifique, bienfaisant et harmonieux.

Doit on privilégier plus l’un que l’autre ? silence ou sons ? naturels ou artificiels ?

Doit on associer le jardin de soins à de la musique dans un objectif de bien être et ou de soins ?

Ces points mériteraient, d’avantages qu’on s’y attarde. C’est très probablement ce que je ferai dans les mois à venir d’ailleurs.

Dans tous les cas, faire ce travail de repérage collectif, avec les personnes utilisatrices de cet outil qu’est le jardin de soins, semble véritablement être une aide afin de déterminer, la pertinence ou non des choix sonores à réaliser ou a préserver.

La création sonore peut évidemment être créer par la Nature elle même. Ce qui retient plus mon attention, c’est que, par les sons qu’elle créer, elle permet à chaque individu de se repérer dans le temps, dans les saisons au même titre que ce qu’elle offre à la vue en fonction que nous sommes au printemps, en été, en automne ou en hiver.

Le calme d'un paysage enneigé. Indice sonore du temps au jardin.

Aller plus loin

  • Article d’Usbek et Rica, avec également de la ressource documentaire : carte des lieux “silencieux” , conférence TEX, études…

    Accéder à l’article : Le silence, un luxe en voie de disparition ?

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