Jardins thérapeutiques,  Reflexions

Nature soignante : risques psycho-sociaux et jardin

Etat des lieux

L'hôpital brûle et ses salariés avec.

En 2014, nous étions près de 3 millions au bord du burn out selon une étude de Technologia. Dans la même année, la France est sur la première place des suicides en Europe avec près de 10 000 décès. Point de départ du terme Burn out : les professions médicales et paramédicales. Quelques années plus tard, on ne parle plus de burn out officiellement, mais de syndrome d’épuisement professionnel ou de risques psycho sociaux. Plus frenchy, plus lisse, plus englobant mais le fond reste le même. Les professions les plus touchées seraient celles qui relèvent de “l’aide aux autres“, mais le burn out gagne du terrain ainsi, agriculteurs, dirigeants d’entreprises, chef de service, cadre et ouvrier n’échappe plus à la règle.

En août 2015, avec le Loi Rebsamen, on ne reconnait pas le burn out comme tel véritablement, mais comme la possibilité, de certaines pathologies psychiques, à être d’origine professionnelle ! Un début de reconnaissance ?

Fin mai 2019, dans la Onzième Révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11), le burn-out, ou épuisement professionnel, est considéré comme un phénomène lié au travail. Il n’est pas classé parmi les maladies.

Prouver son burn out

Prouver le lien de cause à effet pour celle ou celui qui en souffre, est un véritable calvaire. D’ailleurs, peut on vraiment trouver l’énergie pour cela, dans ces moments là ?

Résultat : beaucoup de personnes reste dans un état de souffrance dans leur travail. Cela impacte tout leur quotidien, que ce soit de l’ordre professionnel ou personnel.

Selon un rapport de 2017,de l’Agence Nationale de la Sécuité du Médicament (ANSM), la France se situe derrière l’Espagne, au 2ème  rang de la consommation des benzodiazépines en Europe. Un espoir pourtant car le pays connait  la plus forte diminution entre 2012 et 2015. Aurions nous trouvé des solutions alternatives ?

A présent que nous savons tout cela, que faire ? Et comment la Nature, le jardin peut apporter sa pierre dans l’édifice de reconstruction, des individus ?

De la nécessité de prendre soin

Comment prendre soin d’autrui, si on est soi même en souffrance, en attente d’aide ? 

Comment redonner du souffle en étant soi même à bout de souffle ?

Comment mettre du sens dans nos professions en étant soi même en quête de sens ?

Comment prendre soin de la vie, alors que l’on a le sentiment de passer à côté de la sienne ?

Aidants naturels

Pendant plusieurs années, j’ai reçu des aidants familiaux à bout, épuisés, ne sachant plus comment faire, comment aider d’avantage son proche malade.

Mon conseil a toujours été le même :

“Prenez soin de vous. Prenez du temps pour vous. Entourez vous. Sortez. En somme, redevenez un tant soi peu égoïste, afin d’être au mieux de votre forme pour à votre tour, aider.”

Pas facile à entendre, surtout lorsque le sentiment de culpabilité vient se rajouter à tout cela.

Aidants professionnels

Côté soignants, c’est autre chose. Tout d’abord contrairement aux familles qui ont des proches malades, ils peuvent plus “facilement” s’extraire de la souffrance des personnes qu’ils prennent en charge. Quoique … Lors des mes études d’infirmière j’ai été totalement chamboulée lorsque l’on m’a dit pour la première fois, de prendre du recul sur mon travail, de mettre surtout de la distance avec les patients, les proches, de faire mes heures et d’oublier une fois mon service terminé. Comment oublier ? Une vie professionnelle ne se limite donc qu’à 35H par semaine ? Ai je choisi ce métier pour simplement le salaire ? Euhhhh non, pas le salaire. Comment prendre soin sans empathie ?

Les années ont passé et il m’est avis qu’il s’agissait déjà là d’une manière de dire “attention profession en danger“. “Si tu ne te protèges pas mentalement,tu tomberas”.

Petite parenthèse, début des années 2000, les élèves de ma promos savaient que la moyenne de vie d’une infirmière en tant que telle, était de 7 ans. J’ai exercé personnellement pendant 10 ans.

Où en somme nous aujourd’hui ? 

Dernièrement un psychiatre me disait à quel point les équipes étaient à bout de souffle. Ces mêmes équipes, lui ont avoué combien le jardin de soins de l’établissement était pour elles, une “véritable bouffée d’air“.

Le jardin serait il un moyen de prendre soin des professionnels ?

De la nécessité d'un jardin

Bien plus qu’un embellissement, la création d’un jardin dans un hôpital, une entreprise, un foyer de vie, une maison de retraite… le jardin est utile en matière de prévention des risques d’épuisement, mais aussi en terme de restauration des ses capacités à prendre soin.

Dans l’étude de Makayla Cordoza, élève du célèbre Roger Ulrich, datant de novembre 2018, il a été démontré à quel point le simple fait de pouvoir prendre une pause à l’extérieur, au jardin, pour les soignants, étaient bénéfique et comment cela diminuait les risques d’épuisement professionnel.

Une pause extérieure dans un écrin de verdure restaure.

Se ressourcer le temps d'une pause nature

Ensuite, il nous faut encore voir si le jardin peut remettre du sens dans les pratiques !

Eh bien pour l’avoir pratiquer, chaque semaine, pendant plusieurs années, je peux vous assurer que d’être au jardin, en faire un outil à la prise en soin, aide bien en ce sens.

Loin du rythme effréné des services, de la succession des tâches, de la planification de chaque instant de la journée, le jardin offre la possibilité de retrouver un peu de spontanéité, de calme et de partage.

Dans cette ambiance plus sereine, l’aidant soignant est plus enclin à l’observation attentive, à l’écoute active auprès de ceux qu’il aide.

N’est ce pas là un début de réappropriation de sens dans sa profession ?

Amour du métier

Le temps se disloque redonnant la sensation de prendre son temps, d’être “plus” soignant que maltraitant, de mieux faire son travail, de retrouver une qualité de soin qu’on n’espérait plus.

Le jardin, redonne espoir en nos idéaux de soignants, en notre capacité à exercer correctement le métier que nous avons choisi.

Obtenir plus en agissant autrement

Enfin, le jardin se plaçant comme tiers soignant, il permet d’atteindre plus facilement et de manière plus agréables des objectifs thérapeutiques, rendus complexes voire inatteignables à l’intérieur. Tous ceux qui ont animé des ateliers au jardin de soins peuvent en témoigner. Lequel d’entre eux, n’a pas observé des postures empruntées par un patient au jardin, que l’on tentait désespérément de lui faire réaliser en salle, avec un collègue kiné ou psychomotricien ?

Qui n’a pas observé, le pouvoir libérateur d’être au jardin, sur la parole ? Entre 4 murs, dans un bureau, se livrer est de suite plus compliqué, et pourtant tellement simple une fois au dehors.

Le jardin est donc lieu de ressource pour tous les professionnels et prévient des risques psycho sociaux. Il permet à chacun de se restaurer et remet du sens dans nos pratiques. Il est un formidable et indispensable complément à la thérapie institutionnelle.

Pourquoi alors s’en priver ?

Pourquoi si peu d’établissement en possède un et l’utilise comme outil de prévention et d’aide à la thérapie ? 

POURQUOI ?

"green" nurse

Pour aller plus loin

Site de l’Association France Burn Out : première association française d’aide aux victimes du burn out.

Rapport d’avril 2017 de l’ANSM sur la consommation des benzodiazépine en France.

Je télécharge le rapport

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