Animation au jardin,  Rencontres

Être hortithérapeute aujourd’hui en Europe

Être hortithérapeute de nos jours en Europe, qu’est ce que cela veut dire ? Qu’est ce que cela implique de connaissances, de compétences, de formation, de salaire, de reconnaissance ?

C’est ce que nous aborderons aujourd’hui, grâce à un échange que j’ai eu il y a quelques semaines avec Leila Alcalde, native espagnole, qui s’est formée aux Royaume Unis à l’université de Coventry, sur ce métier émergeant en Europe. Merci à toi Leila d’avoir bien voulu participer à ce petit jeu de questions/ réponses, qui devraient intéresser pas mal de personnes ici.

Quelle reconnaissance ?

Aux Royaumes Unis, malgré une sensibilisation active depuis plus de 40 ans déjà, faite par l’association THRIVE et le mise en place de formation de praticiens, le métier et la pratique même de l’hortithérapie comme activité complémentaire aux thérapies classiques, restent encore peu connus.

Beaucoup de projets de jardinage existent dans les écoles classiques et spécialisées, dans les hôpitaux, les établissements de santé mentale, les maisons de retraite … cependant ces derniers sont le plus souvent gérés par des bénévoles !

Les anglais semblent plus conscients des bienfaits de la Nature et du jardinage en particulier, que de l’intérêt d’avoir un professionnel comme accompagnateur à cette thérapie complémentaire.

” Ce qui est une préoccupation pour des praticiens comme moi, formés et qui souhaitent pouvoir exercé dans ce domaine de manière professionnelle. “

Leila a également pu travailler à Hambourg et lors d’une rencontre entre hortithérapeutes en Allemagne, elle a eu la surprise de constater que la majorité des praticiens du pays, travaillaient bel et bien dans le secteur hospitalier. Ce qui assez remarquable.

Cependant, comme partout en Europe actuellement, le métier reste peu connu dans le sens où peu connaissent le rôle exact d’un hortithérapeute et tous les moyens dont il dispose afin d’améliorer la prise en soins des personnes qui en ont besoin.

Des associations existent, comme en Allemagne avec IGGT, les praticiens semblent bien organisés, trouvent des postes dans le secteur de la santé et forment des praticiens au delà du pays comme en Autriche et en Suisse, mais rien n’y fait, le métier peine encore à se faire connaitre.

Qualités et compétences d'un hortithérapeute

Je rejoins complètement Leila sur les qualités et compétences que devrait posséder un hortithérapeute et c’est d’ailleurs à peu de choses près ce que j’ai pu mettre dans mon livre (parution prévue en 2021, éd. Terre Vivante).

Le praticien doit avoir non seulement des qualités humaines spécifiques  telles que :

  • l’enthousiasme
  • l’empathie
  • l’adaptabilité, flexibilité, résilience, capacité à résoudre des problèmes
  • un certain sens de l’humour
  • être communicatif
  • pédagogue
  • être capable d’innover
  • être capable d’encourager les autres

Il doit pour pouvoir mener à bien un projet :

  • être capable de planifier
  • posséder une capacité à s’organiser
  • être un bon communiquant
  • connaitre les démarches administratives à suivre
  • être capable d’anticiper les risques
  • posséder quelques notion en informatique

Par rapport aux utilisateurs du jardin, l’hortithérapeute doit :

  • avoir des connaissances concernant les pathologies, et la prise en soins des personnes qui utilisent le jardin comme médium à la thérapie
  • bien connaitre les traits de caractères, la capacités de chacun des participants à l’activité au jardin.

Enfin d’une manière générale mais cependant fondamentale, posséder à la fois  :

  • des compétences horticoles
  • des connaissances par rapport aux végétaux
  • des compétences, même minimes, en design,  conception et entretien d’espaces paysagers
  • la capacité à organiser de manière structurée et adaptée des séances au jardin pour chaque public accueilli, tout au long de l’année.

Et l'argent dans tout ça ?

Chutttt...

Sujet encore assez tabou (en France en tout cas), j’ai pu échanger davantage avec Leila sur les questions d’argent. Actuellement pas mal de personnes souhaiteraient vivre des jardins de soins. Beaucoup en rêvent, peu en parlent e terme de chiffres et malheureusement la réalité est loin de correspondre aux aspirations de chacun.

Peut on vivre des jardins de soins ?

A la question :  Peut on vivre aujourd’hui en France des jardins de soins je répondrais ceci :

Non, personne aujourd’hui ne peut dire en France qu’il vit exclusivement des jardins de soins :

Qu’il soit “hortithérapeute” ou concepteur paysagiste. Bien souvent, il s’agit, pour encore très peu de professionnels du paysage, que d’une partie infime de leur carnet de commandes. Pour ce qui est du métier d’horthitérapeute oublions cela de suite.

UN : il n’existe pas à l’heure actuelle de diplôme certifiant de cette compétence.

DEUX : les animateurs pouvant s’apparenter au dit métier, peinent à trouver suffisamment de contrats rémunérés pour en faire une activité principale et exclusive.

Même pour les créateurs de formations courtes (non diplômantes), cela ne suffit pas à générer suffisamment de revenus pour l’entreprise.

Toutes les personnes du domaines que j’ai pu rencontrer, ou avec qui j’ai pu échanger, font généralement une autre activité en complément ou ont un proche qui pallie au manque à gagner financier.

A titre d’exemple, en Angleterre, où un diplôme existe, un hortithérapeute peut envisager de gagner un peu moins de 19 000 € par an à ses débuts et un peu moins de 33 500 € après plusieurs années d’expérience, pour un travail hebdomadaire de 35 à 39 heures.

Si et seulement, si ! Ce dernier trouve un poste à temps plein !

Poste encore bien rare. Imaginez donc ce que cela peut représenter à l’heure actuelle en France, sans diplôme, ni gros moyens alloués à la création de projets !

Pour Leila il y a encore beaucoup à faire afin d’obtenir une réelle reconnaissance, les postes et le salaire qui va avec :

“En tant que professionnels nous devons nous investir dans cette tâche, afin de devenir un jour aussi populaires que les art-thérapeutes, les praticiens de la zoothérapie ou encore des sylvothérapeutes.”

Développement de l'hortithérapie en Espagne

Paysage espagnol

Leila ne compte pas rester sur ses aquis. Elle a cofondé en 2018, l’Asociacion Espanola de Horticultura y Jardineria Social y Terapeutica. Les objectifs de l’association espagnole sont avant destinés à sensibiliser le plus grand nombre à l’hortithérapie, de sorte de faire davantage reconnaitre le travail d’hortithérapeute dans la communauté hispanophone.

En effet, au niveau de la recherche, de la santé publique, la majorité des documents restent en anglais, privant ainsi un grand nombre de personnes de leurs contenus, pour celles et ceux ne maitrisant pas la langue de Shakespeare.

En 2020, la toute jeune association a organisé des cours de courte durée (20 heures) en collaboration avec le département d’ergothérapie de l’université de Saragosse. La volonté pour les années à venir est de pouvoir augmenter ce temps de formation.

Un gros travail de communication est mené, à travers les réseaux sociaux notamment et auprès des anciens étudiants de cette première formation de 20H afin de les maintenir informer sur le métier d’hortithérapeute.

La communication s’étend également à d’autres professionnels par le biais d’échanges et de conférences.

La pandémie du Covid 19 a permit également de mettre en place une collaboration avec d’autres pays hispanophones, comme le Pérou, la Clombie, l’Equateur, le Chili, l’Argentine, le Guatemala ou encore Puerto Rico. Une base de cours en ligne a pu être proposée.

Riche de ces expériences, l’association espère pouvoir poursuivre ce travail de formation, de rédaction d’ouvrages et de recherche le tout en langue espagnole bien entendu. Ce qui n’amènera très certainement à reparler de tout cela dans de futurs articles sur Plus de Vert less Béton.

Dites nous pour vous...

Vivez vous aujourd’hui pleinement de votre activité dans les jardins de soins ?

Avez vous une expérience en Europe ?

Sentez vous libre de nous partager votre expérience dans les commentaires en dessous de cet article.

Pour allez plus loin

Association espagnole (celle de Leila) : AEHJST

Blog de Leila en espagnol : Vitamina Verde Terapia Horticola

Association allemande : Internationale Gesellschaft Garten Therapie  (IGGT)

Fédération Française Jardins Nature et Santé : FFJNS

Association anglaise : THRIVE

Site du gouvernement britannique : Grille de salaire d’un hortithérapeute aux Royaumes Unis

Version en anglais

Cet article existe aussi en anglais sur Plus de Vert Less Béton : “Being a horticultural therapist today in Europe”

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7 commentaires

  • Marion GERARD

    Merci pour cet article, c’est une belle découverte pour moi. Ca me parait logique comme métier, quand on est à la campagne… mais pas du tout évident pour des citadins! Ce métier peut être en lien avec tellement de thérapies, alternatives ou non 😉 perso si je trouve des jardins pour pratiquer mes séances, je dis banco!

    • Paule Lebay

      Merci Marion, je pense que le manque de reconnaissance dépasse le fait d’être ou non à la campagne malheureusement. Tout mon travail avec ce site et justement de faire tomber les barrières afin de mettre en avant tout le potentiel des jardins de soins et des séances en hortithérapie. 😉 A très vite sur le blog !

  • Jung

    Je ne connaissais pas du tout ce terme d’hortithérapeute, mais j’avoue que cet article éveille ma curiosité. En tout cas, cet article me parle particulièrement et je pense que je vais m’y intéresser de plus près, ainsi qu’au contenu de ton blog.
    Bonne continuation en tout cas 😉

    • Paule Lebay

      Heureuse d’avoir pu te faire découvrir cet univers Jung ! Au plaisir de te voir sur ce site.

  • Nico06

    Merci pour cet article complet et cette présentation sans concession d’un métier, l’hortithérapie, que je ne connaissais pas ! Merci encore pour ta transparence Paule, tu vas faire naître des vocations qui sait ?? 😊😊

  • Carine ANDRIEUX

    Bonjour Paule, je suis ton site depuis plusieurs mois, depuis que j’ai commencé ma reconversion professionnelle. De formation initiale en psychologie, je suis très sensible et formée aux pathologies et aux relations psychosociales mais je n’ai malheureusement jamais exercée dans ce domaine. Passionnée de jardins depuis 20 ans, j’ai toujours rêvé de pouvoir, un jour, allier ses deux passions pour en faire mon métier. Puis en 2019, je décide de quitter le milieu bancaire pour me former à l’aménagement paysager. Je suis actuellement en attente des résultats de mon BTS et je commence d’ores et déjà à réfléchir concrètement à la suite.
    Mon projet professionnel serait : devenir hortithérapeute auprès de publics fragilisés (et ils sont nombreux) en proposant des ateliers d’hortithérapie, travailler sur la conception avec les équipes de soins, monter un dossier de financement, rechercher des prestataires pour la réalisation des travaux ; mais bien sûr je crains de ne pas pouvoir en vivre (et ton article ne fais malheureusement que confirmer cette crainte) alors je réfléchis à des activités complémentaires (conseil aux particuliers : coaching jardin, petit entretien pour les particuliers, et pourquoi pas proposer aux entreprises de végétaliser un coin de pause…). J’envisage de compléter mon cursus de formation par celle qui est proposée par le domaine de Chaumont sur Loire : “ateliers d’animation au jardin de soin et de santé”.
    Je pense que l’hortithérapie aurait de belles perspectives d’avenir car elle a une véritable raison d’exister et d’être pratiquée. Ce qui est très dommage c’est que les utilisateurs ne la voient pas comme un métier nécessitant des compétences précises et spécifiques, tout comme un jardinier “improvisé”, par exemple, qui va pratiquer la taille de végétaux sans en connaître les principes théoriques et faire d’énormes erreurs, avec des préjudices importants pour la plante…
    Je voulais te remercier pour ton site, beaucoup d’informations y sont transmises, ton bonus gratuit est intéressant.
    Pour me lancer, j’avoue que j’ai plein de questions : statut d’entreprise, activités, étude de marché… Si tu as des conseils, informations ou contact, n’hésites pas à me les transmettre, je suis preneuse.
    Je te souhaite une agréable journée, au plaisir de lire “Plus de vert, less béton”

    • Paule Lebay

      Wouah ! merci Carine pour ton retour d’expérience ! Je pense comme toi qu’il y a énormément à faire encore dans le secteur des jardins de soins et cela à plusieurs niveaux. J’y travaille en quelque sorte à ma manière déjà par ce site, mais aussi par mes missions de consultante. J’ai pas mal de projets qui devraient encore faire avancer les choses. C’est très compliqué (mais pas impossible) de faire bouger les limites, de sortir de la boite mais je suis comme toi, animée par la passion. Pour ce qui est des questions éventuelles que tu te poses, n’hésite pas à me les envoyer soit en dessous de ma vidéo de lancement de la chaine YouTube du site (CF: article, naissance chez plus de vert less béton) soit via ma fiche contact. Je répondrais d’ici les semaines à venir, aux questions qui me seront posées. N’hésite vraiment pas. Aucune question, ne mérite d’être mise de côté par pudeur, crainte ou oisiveté ! Enfin, un commentaire comme le tien est extrêmement encourageant et je te remercie d’avoir pris le temps de le partager ici. Au plaisir d’échanger de nouveau avec toi. Belle journée, Paule.

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