Interviews

Conseils d’un arboriste

L’univers des jardins de soins, c’est la rencontre entre deux mondes:

  • celui du jardin, du paysage, des végétaux
  • et celui du soins

Habituellement mes articles partent du soins, mon statut de soignante aidant.

Aujourd’hui n’est pas coutume donc, car j’ai eu l’opportunité de pouvoir questionner Jérôme Beauruelle. Il est arboriste, travaille avec les arbres depuis une vingtaine d’années dont douze années comme grimpeur-élagueur puis neuf années comme gestionnaire de patrimoine arboré.

Il a bien voulu nous offrir ses conseils d’arboriste par un jeu de questions réponses. Merci à toi Jérôme !

Ce qui ne change pas :

  • ma volonté de faire simple et abordable pour tous
  • ma volonté de créer un contenu qui vous soit utile
  • mon enthousiasme

Allez ! c’est parti ?

Bulle d'arbre, bulle d'air.Prendre soin des arbres pour prendre soin de soi.
Comment savoir si un arbre est « sain » ou non ? Quels indicateurs facilement repérables par un novice nous permettent de le savoir ?

J.B : Avant toute chose, se mettre d’accord sur le terme « sain » car la majorité des incompréhensions prennent naissance dans les mots et leur définition. Pour l’humain, un arbre « sain » est exempt de défaut mécanique ou d’attaque parasitaire. Pour une faune cavernicole, un arbre avec des cavités est « sain ». Alors le « sain » dépend bien de qui
pose la question.

Nous regardons deux choses dans un arbre :

  • Son état mécanique (cavité, fissure, etc.) 
  • et son état de vigueur ( pousse annuelle, coloration des feuilles, etc.).

Ensuite, nous regardons son contexte spatial ainsi que la fréquentation du site. Cela permet de déterminer son caractère « sain ».

Dans tous les cas, une intuition ne remplace pas l’avis d’un professionnel.

Devons-nous systématiquement abattre un arbre malade ?

JB : Non, le systématisme est une paresse de l’esprit et puis c’est quoi un arbre malade ? Inutile d’abattre un arbre parce qu’il a un rhume.

L’arbre peut se remettre d’une maladie aussi et dans ce cas il développe une résistance à la maladie. Si nous détruisons ce sujet, nous détruisons également un potentiel de résistance pour son espèce.

La question plus intéressante à se poser est : pourquoi l’arbre tombe malade ?

La causalité est souvent humaine. Elle réside dans un changement de son environnement tel qu’une modification du sol dans sa proximité. Un ajout ou une suppression de sol, une imperméabilisation. Elle réside également dans une blessure volontaire ou non. Un élagage drastique, une section du système racinaire, un compactage du sol, une brûlure parce qu’on aime bien faire notre barbecue sous cet arbre-là ou encore on jette nos eaux de lavage (javel, savon, etc.) au pied de cet arbre.

Résoudre la cause et plus besoin de se battre contre la conséquence.

Que penser du lierre sur les arbres ?
Le lierre est-il dangereux pour la santé de l’arbre ?

JB :« Dangereux » est un mot dangereux. « Dangereux » est un mot émotionnel, irrationnel, qui puise dans la peur viscérale, subconsciente. Elle génère une réaction violente, agressive, destructive, haineuse. La peur, enfant d’ignorance, est mauvaise conseillère. Le mot est utilisé à tort et à travers. Utilisons les bons gradients. La dangerosité est immédiate et réclame une action immédiate de sécurisation. Sinon c’est un risque. Il peut être avéré, potentiel ou inexistant.

Nous pensons que le lierre tue les arbres car nous avons vu un arbre mort couvert de lierre alors le lierre à tué l’arbre. C’est une erreur fondamentale d’attribution.

Le lierre n’a aucun intérêt à tuer son support.
Les bénéfices écologiques du lierre sont nombreux. :

  • Il fait bouclier thermique pour son hôte.
  • Il ajoute une touche de verdure dans nos jardins hivernaux.
  • Il est le dernier miel des abeilles.
  • Le lierre est un protecteur.

Cependant, il est préférable de limiter sa croissance à la hauteur du tronc car il peut : 

  • Masquer des faiblesses mécaniques
  • Ajouter un surpoids sur les branches
  • Ajouter une prise au vent
Lors de travaux de terrassement pour l’aménagement d’un jardin de soins, à savoir la mise en place d’un substrat nécessaire aux déplacements des patients, quels conseils, recommandations donnerais tu, vis-à-vis des arbres déjà présents ? Avant, pendant et après les travaux effectués.

JB : Il n’y pas de réponse générale à cette question, ce serait trop facile. En revanche, il y a une méthodologie de questionnement.

Avant les travaux :

JB : La première des choses est de faire un état des lieux. Nature du sol, climat, état sanitaire des arbres par un professionnel reconnu, accès, historique du site, etc.

Ensuite, déterminer le besoin contextuel et situationnel ( cheminement, longueur de déambulation, PMR, zone de quiétude, intérêt paysager, etc.). Les questions de l’usage, de l’espace sont à prendre en
compte.

Ensuite, il faudra déterminer la durée de vie acceptable de l’installation : 5 ans, 10 ans, ou plus. Ne pas déterminer cette durée est un manquement fondamental. De cela découle le choix de structure du cheminement et de la place laissée au système racinaire.

Un revêtement perméable sera toujours un choix bénéfique pour le sol et pour ses occupants. Les échanges gazeux et la pénétration de l’eau sont des facteurs de bonne santé pour les végétaux. Bonne santé qui influera sur le psyché du patient.

Pendant les travaux :

JB :Les travaux devront prendre en considération la protection de l’arbre pendant la durée du chantier. Cela passe par des dispositifs physiques mais aussi par des comportements spécifiques.

Par exemple :

  • A moins de deux mètres d’un arbre, toute excavation se fera de manière manuelle.
  • Il est interdit de stocker matériel et matériaux sous le houppier d’un arbre car soit cela induit un compactage du sol soit si fuite d’hydrocarbure, le sol se retrouve pollué.

En cas de travaux effectués par une partie tierce, il est important de passer par la constitution d’un cahier technique encadrant les obligations des intervenants externes. Le document est signé par les deux parties. En cas de dégradation ou dommage, l’exécutant ne pourra prétexter une non connaissance de la situation. Sans cette disposition, il ne vous reste que vos yeux pour pleurer.

Après les travaux :

JB : Après les travaux, faire faire un suivi par un professionnel de l’arbre. Gardons en tête l’importance d’un cahier technique pour définir l’étendue de la tâche et comment elle doit être réalisée.

A quel moment est-il judicieux selon toi de faire appel à un professionnel et lequel ?

JB : A partir du moment où l’arbre est important pour toi. Un contrôle tous les cinq ans par un technicien de l’arbre permettra de déterminer le besoin d’intervention ou non par un arboriste confirmé et surtout d’établir un plan de gestion avec l’entretien et le renouvellement de ton patrimoine.

Nous terminons là cet échange, mais il se peut que nous retrouvions Jérôme pour un second article accès plus particulièrement sur le choix et la plantation des arbres 😉

En attendant je vous invite à découvrir le site proposé ci dessous.

Pour en savoir plus sur les arbres

Jérôme nous conseille d’explorer le site du CAUE du 77. Très riche il répondra à nombreuses de nos questions.

Cerise sur “l’arbre” il est actualisé régulièrement.

Votre avis

J’espère que ce format d’article, sous forme de questions réponses vous a plu ?

Dites moi ce que vous en avez pensé dans les commentaires si dessous.

Si vous avez d’autres questions, d’autres souhaits d’interview, là encore je vous invite à m’en faire part :

  • soit dans les commentaires, directement sous cet article
  • soit via la page contact
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5 commentaires

  • Patricia

    Article intéressant et pour celui ou celle qui n’en était pas encore convaincu, permet de réaliser qu’un arbre dépend de son environnement et des soins qui lui sont apportés pour être en pleine santé…!

  • Maud

    C’est tellement vrai que les arbres n’attrapent pas une maladie par hasard, c’est souvent suite à un stress : tassement, pollution du sol, manque d’eau, mauvaise exposition ou encore il a été planté trop profond et cela l’empêche de respirer, il stresse puis tombe malade… Merci pour cet article intéressant avec la vision d’un professionnel arboriste.

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